Non, le Front National ne va pas disparaître. Peut-être même le congrès de ce week-end est-il le passage de la chenille urticante dans sa chrysalide, avant de se transformer en papillon de nuit. Pourtant, qu'est-ce que nous l'avons souhaité ce congrès, celui qui marquerai le départ de l’éternel candidat-martyr. Las, le Front national va se doter d'un visage plus jeune, plus respectable, moins "facho". D'autant plus dur à combattre, peut-être, que les dérapages sont moins nombreux, les idées exprimées moins clairement, la haine cachée pour une xénophobie glamour. Et ça à l'air de marcher. D'après les instituts de sondages, la figure de la fille Le Pen plait. Elle passe pour quelqu'un de simple, pour une alternative possible, pour la porte-parole de ceux qui se sentent oublier de tous. beaucoup, au sein des classes populaires, s'identifient à elle.

Le pen affiche déchiréeLe combat ne se termine pas, mais se transforme. Après les heures groupusculaires dans les années 1980, après la grande percée des années 1990, vient l'acte III du Front National et de l'extrême-droite contemporaine. Beaucoup d'entre nous avons trouver les racines de notre engagement dans la lutte contre le Front National. je pense à mes nombreux camarades, dont beaucoup occupent aujourd'hui des responsabilités de premier plan, qui ont adhéré le 22 avril 2002. Pour ma part, mes premiers coups politiques auront été, ado, quelques slogans imprimés en secret avec l'ordinateur familial, et collés sur les affiches du Front, sur les panneaux d'affichage électoral, entre chien et loup. Puis l'envie de m'engager et de rejoindre Ras L'Front, un groupe qui faisait parler de lui à l'époque pour ses actions spectaculaires - j'ignorais alors que c'était une "annexe" de la LCR... Comme beaucoup, mon engagement, mes convictions, mes premiers pas politiques ont d'abord été "contre", dans une réaction de rejet, un refus de la montée du Front National et de la banalisation de ses positions. Mais peut-être nous sommes nous trompés. Nous avons cru qu'il fallait lutter contre le Front National, et surtout contre Le Pen pour régler le problème. Sans doute fallait-il plutôt lutter contre les idées d'extrême-droite et la xénophobie en tant que tel et pas simplement contre une de ses figures, fut-elle la plus spectaculaire.

C'est ce chantier qui s’ouvre à nous aujourd'hui. Parce que les idées de Le Pen ne sont pas plus acceptables lorsqu'elles sont prononcées par le père, la fille, ou mis en application par Nicolas Sarkozy. Ce chantier s’ouvre à nous et deviendra, dès ce week-end, encore plus important. Sans doute la génération militante née de cette lutte aura à cœur de s'y engager. Il ne reste plus qu'à trouver les bons leviers pour obtenir, cette fois, plus de succès. Quant au courage, il ne manquera pas : la bataille culturelle passe aussi par là.

Photo : Ernest Morales et Destempsanciens, sur Flickr