Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant : une infime minorité du clergé est coupable d'actes pédophilie, et une petite minorité a eu un rôle actif dans le fait de cacher et de passer sous silence ces crimes. L'arbre ne doit donc pas cacher la forêt. Et on ne peux pas, du coup raconter n'importe quoi : le célibat des prêtres ne les transforme pas en violeurs d'enfant, et ni la fonction ni la religion ne conduit à devenir comme ça. Comme le rappelle Rue 89, "la perversité sexuelle tient d'abord et premièrement à l'histoire psychologique souvent inconsciente d'un individu". Et n'est donc, en aucun cas, directement lié à sa prêtrise...
L'arbre ne doit donc pas cacher la forêt, mais ce dans les deux sens ! Toute l'Eglise n'est pas compromise dans le scandale des prêtres pédophiles, mais ce scandale n'est pas la seule "casserole" que le clergé se trimbale concernant des agressions sexuelles. Je pense notamment à ce rapport interne, remis au Vatican a la fin des années 1990, sur les sévices sexuelles qu'un certain nombre de prêtre exerçaient sur des religieuses, notamment dans des missions en Afrique ou en Amérique du Sud.

Ces précautions étant prises, cette crise porte pour moi deux enseignements graves.


Le "devoir d'irréprochabilité" de l'Eglise complètement remis en cause.


Le premier sur le fonctionnement de l'institution. Ce qui choque le plus dans cette affaire, ce n'est peut être pas tant les histoires sordides qui remontent à la surface que le fait que l'institution en elle même les ait couverts, et ait tout fait pour les passer sous silence. On pouvait légitimement s'attendre à ce que l'Eglise soit, en la matière, irréprochable, et qu'elle ai la capacité de mettre un terme à ce problème en désavouant les personnes incriminées.
Ce qui est effarant, c'est que non seulement elle ne l'a pas fait, mais à aucun moment, en interne, elle ne s'est interrogée sur les conditions qui rendaient ces scandales possibles. A aucun moment il n'y a eu de remise en cause de l'institution, d'interrogations pour faire en sorte d'éradiquer ce fléau. Le procès qui doit être fait à l'Eglise aujourd'hui, c'est son incapacité totale à se remettre en question et à évoluer pour prendre en compte ses propres difficultés, pour remédier à ces problèmes des plus graves.
On était d'autant plus en droit de l'attendre de la part d'une institution qui se donne, précisément, pour vocation d'être un repère moral. D'indiquer où est le bien et où est le mal. De guider le monde vers un système de valeur supposé être absolue et universel. De tels agissement et une telle incapacité à la remise en cause ne peut que scandaliser de la part d'une institution qui passe son temps à faire la leçon à l'humanité toute entière, et à s'ériger comme le repère universel de la vertu.
Pour résumer, il y a un gouffre infranchissable entre l'Eglise qui prétend incarner Dieu et le message du Christ sur terre, et l'Eglise qui se rend coupable de complicités à l'égard des crimes les plus sordides.
Le "devoir d'irréprochabilité" du Vatican et totalement remis en cause.


Le degré zéro de la réflexion sur la sexualité.



Un autre hiatus apparaît, à la lueur de ces révélations, comme complètement infranchissable. Nous avons d'un côté une Eglise qui condamne le préservatif, répète que tout acte sexuel doit être acte de procréation. Une Eglise qui condamne l'homosexualité comme un pêché grave, et qui exclue de son clergé les prêtres qui souhaitent se marier ou vivent en couple. De l'autre côté, cette même Eglise tolère et "pardonne" à ses prêtres qui ont violé de jeunes enfants. On est là dans la caricature la plus extrême de l'absence totale de réflexion du catholicisme en matière de sexualité.
A la réflexion, comment s'en étonner ? Si faire l'amour avec une personne consentante dans le but d'y prendre du plaisir est en soit un pêché incompatible avec la foi, on peut concevoir que l'âge ou la condition de la personne avec qui on le fait importe peu : cela reste un pêché. Et, encore une fois, on ne peut être qu'étonné de la différence de traitement entre des prêtres qui ont une liaison avec une femme, et sont rejetés très brutalement du clergé, et ces actes de pédophilie qui ont été passé sous silence par les plus hautes hiérarchies, y compris par le Pape actuel.
On pourrait parler pendant des heures de ce sujet, mais en tout les cas, l'Eglise catholique ne peut plus faire l'économie d'une vraie réflexion sur la sexualité et l'amour , sur la place du désir physique dans une relation, sur les limites qui doivent être posées. En faisant l'autruche, en dénonçant tout acte qui n'est pas procréatif, l'Eglise se prive des outils pour évoluer et trouver des réponses aux fléaux évoqués au début de ce billet. Et elle se retrouve, de plus en plus, en décalage avec nos sociétés contemporaines, et son condamne à l'incapacité à apporter des réponses et un message cohérent et censé aux jeunes croyants.
Je ne m'étendrai pas plus sur le sujet : j'ai déjà consacré un billet entier à la critique de la position du Vatican sur la sexualité.

Le clergé est donc appelé, à travers cette nouvelle série de scandales, à une profonde remise en causes. Malheureusement, il nous a montré, à de nombreuses reprises, qu'il était souvent incapable de le faire. C'est toute la structure du catholicisme qui risque d'en mourir.