Eglise catholique : les enseignements de la "crise pédophile"
Il serait facile, pour parler des scandales touchant l'Eglise catholique depuis quelques semaines, de faire dans le sordide, et de rester au niveau du fait divers. Je ne m'y abaisserai pas, certains journaux, dont c'est la spécialité, s'y emploient beaucoup mieux que moi. Néanmoins, il me paraissait important de revenir là dessus parce que, au delà des procédures judiciaires qui doivent suivre leur court, au delà de la nécessaire réparation que la société doit aux victimes, et des sanctions qui doivent être prises contre les coupable, il y a plusieurs choses à tirer de ces évènements.
Loin de moi l'idée de faire des amalgames.
Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant : une infime minorité du clergé est coupable d'actes pédophilie, et une petite minorité a eu un rôle actif dans le fait de cacher et de passer sous silence ces crimes. L'arbre ne doit donc pas cacher la forêt. Et on ne peux pas, du coup raconter n'importe quoi : le célibat des prêtres ne les transforme pas en violeurs d'enfant, et ni la fonction ni la religion ne conduit à devenir comme ça. Comme le rappelle Rue 89, "la perversité sexuelle tient d'abord et premièrement à l'histoire psychologique souvent inconsciente d'un individu". Et n'est donc, en aucun cas, directement lié à sa prêtrise...
L'arbre ne doit donc pas cacher la forêt, mais ce dans les deux sens ! Toute l'Eglise n'est pas compromise dans le scandale des prêtres pédophiles, mais ce scandale n'est pas la seule "casserole" que le clergé se trimbale concernant des agressions sexuelles. Je pense notamment à ce rapport interne, remis au Vatican a la fin des années 1990, sur les sévices sexuelles qu'un certain nombre de prêtre exerçaient sur des religieuses, notamment dans des missions en Afrique ou en Amérique du Sud.
Ces précautions étant prises, cette crise porte pour moi deux enseignements graves.
Le "devoir d'irréprochabilité" de l'Eglise complètement remis en cause.
Le premier sur le fonctionnement de l'institution. Ce qui choque le plus dans cette affaire, ce n'est peut être pas tant les histoires sordides qui remontent à la surface que le fait que l'institution en elle même les ait couverts, et ait tout fait pour les passer sous silence. On pouvait légitimement s'attendre à ce que l'Eglise soit, en la matière, irréprochable, et qu'elle ai la capacité de mettre un terme à ce problème en désavouant les personnes incriminées.
Ce qui est effarant, c'est que non seulement elle ne l'a pas fait, mais à aucun moment, en interne, elle ne s'est interrogée sur les conditions qui rendaient ces scandales possibles. A aucun moment il n'y a eu de remise en cause de l'institution, d'interrogations pour faire en sorte d'éradiquer ce fléau. Le procès qui doit être fait à l'Eglise aujourd'hui, c'est son incapacité totale à se remettre en question et à évoluer pour prendre en compte ses propres difficultés, pour remédier à ces problèmes des plus graves.
On était d'autant plus en droit de l'attendre de la part d'une institution qui se donne, précisément, pour vocation d'être un repère moral. D'indiquer où est le bien et où est le mal. De guider le monde vers un système de valeur supposé être absolue et universel. De tels agissement et une telle incapacité à la remise en cause ne peut que scandaliser de la part d'une institution qui passe son temps à faire la leçon à l'humanité toute entière, et à s'ériger comme le repère universel de la vertu.
Pour résumer, il y a un gouffre infranchissable entre l'Eglise qui prétend incarner Dieu et le message du Christ sur terre, et l'Eglise qui se rend coupable de complicités à l'égard des crimes les plus sordides.
Le "devoir d'irréprochabilité" du Vatican et totalement remis en cause.
Le degré zéro de la réflexion sur la sexualité.
Un autre hiatus apparaît, à la lueur de ces révélations, comme complètement infranchissable. Nous avons d'un côté une Eglise qui condamne le préservatif, répète que tout acte sexuel doit être acte de procréation. Une Eglise qui condamne l'homosexualité comme un pêché grave, et qui exclue de son clergé les prêtres qui souhaitent se marier ou vivent en couple.
De l'autre côté, cette même Eglise tolère et "pardonne" à ses prêtres qui ont violé de jeunes enfants. On est là dans la caricature la plus extrême de l'absence totale de réflexion du catholicisme en matière de sexualité.
A la réflexion, comment s'en étonner ? Si faire l'amour avec une personne consentante dans le but d'y prendre du plaisir est en soit un pêché incompatible avec la foi, on peut concevoir que l'âge ou la condition de la personne avec qui on le fait importe peu : cela reste un pêché. Et, encore une fois, on ne peut être qu'étonné de la différence de traitement entre des prêtres qui ont une liaison avec une femme, et sont rejetés très brutalement du clergé, et ces actes de pédophilie qui ont été passé sous silence par les plus hautes hiérarchies, y compris par le Pape actuel.
On pourrait parler pendant des heures de ce sujet, mais en tout les cas, l'Eglise catholique ne peut plus faire l'économie d'une vraie réflexion sur la sexualité et l'amour , sur la place du désir physique dans une relation, sur les limites qui doivent être posées. En faisant l'autruche, en dénonçant tout acte qui n'est pas procréatif, l'Eglise se prive des outils pour évoluer et trouver des réponses aux fléaux évoqués au début de ce billet. Et elle se retrouve, de plus en plus, en décalage avec nos sociétés contemporaines, et son condamne à l'incapacité à apporter des réponses et un message cohérent et censé aux jeunes croyants.
Je ne m'étendrai pas plus sur le sujet : j'ai déjà consacré un billet entier à la critique de la position du Vatican sur la sexualité.
Le clergé est donc appelé, à travers cette nouvelle série de scandales, à une profonde remise en causes. Malheureusement, il nous a montré, à de nombreuses reprises, qu'il était souvent incapable de le faire. C'est toute la structure du catholicisme qui risque d'en mourir.
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il est tard, je rentre de soirée, mais 2/3 réflexions à chaud
- c'est une minorité qui s'est rendu coupable de pédophilie, mais c'est une INSTITUTION qui a couvert ces actes, pas une minorité. Le silence, la couverture des prêtres pédophiles étaitent institutionnalisés, et ça mérite un vrai mea culpa, et une vraie remise en cause des pratiques (le secret de la confession a bon dos). L'Education Nationale, toute laïque qu'elle est, a fait la même chose pendant des années.
- le célibat des prêtres est un problème, non pas parce qu'il conduit à des actes pervers, mais parce qu'il faut être un peu "tordu" pour embrasser une vie pareille. Ou alors vivre dans le pêché, comme bon nombre de curés qui ont concubines et enfants tolérés par l'Eglise (faut dire que si elle défroquait tous les curész en couple, il ne lui en resterait pas des masses). On confond cause et conséquence, certes, mais le problème demeure
C'est non sans intérêt que je viens de lire ton texte sur un sujet polémique s'il en est. L'exercice était risqué, le résultat est là. Je ne suis pas si éloigné de tes réflexions et de tes conclusions. A cette nuance près que, étant matérialiste certes, mais avant tout laïc sans être anticlérical, je n'ai jamais placé l'Eglise comme institution présupposée "au-dessus", ni même comme "institution" tout court. Je respecte les croyances, j'ai mes convictions. Au final, je ne suis ni choqué ni surpris de constater que ceux sont des gens comme tout le monde, ni plus, ni moins, avec parfois leur générosité, parfois aussi leur ignominie. Ils sont à l'image de l'humanité, n'en faisons pas des dieux. Mais je me doute que ce n'était pas là le propos.
Tout ceci est intéressant ; 1ère chose :il faudrait mettre à sa vraie place l'église catholique par rapport à la fréquentation de ses offices,en quelque sorte parler de représentativité vraie et ne pas lui laisser l'importance qu'elle a encore dans beaucoup de consciences. 2 ème chose : le célibat des prêtres est un problème fondamental accentué par la solitude miséreuse et scandaleuse dans laquelle est laissé le clergé par les fidèles une fois qu'ils ont assisté à la messe et qu'ils regagnent leurs domiciles.Ce célibat qui est le problème le plus crucial au moment de franchir la porte du grand séminaire, a fait reculer de nombreux jeunes pourtant convaincus par le message évangélique;de la à devenir pédophiles, la proportion est infime mais néanmoins intolérable. 3ème point : l'église, malgré Vatican II , reste basée sur des images , des dogmes complètement démontables par toute personne un peu ouverte et documentée telle que l'on peut l'être à notre époque;ce qui ne veut pas dire que tout est mauvais, mais qui rend là encore très difficile,le travail des prêtres devant affirmer des vérités plus aussi sûres qu'il y a 2000 ou 4000 ans.
Dans notre Eglise, qui en a vu et qui en verra encore, les dogmes sont les dogmes. Notre époque et notre monde actuel seraient bien présomptueux de s'imaginer qu'ils peuvent les balayer d'un revers de main. Il est vrai que notre monde pense encore avoir réponse à tout... Et là bizarrement on est de plus en plus nombreux à tousser...
Quoiqu'il en soit le Célibat des prêtres n'est pas un dogme, même si l'Eglise Catholique Romaine y tient beaucoup pour des raisons certainement très nobles et que je respecte personnellement. Toutefois, 90% des cas déclarés de pédophilie ont lieu dans le milieu familial, ... doit-on pour autant interdire les papas à la maison ?
Enfin quand je lis tout ce qu'on fait dire à notre Eglise genre "tout acte sexuel doit être acte de procréation", je me dis que l'obscurantisme de convenance qu'ont beaucoup de nos nouveaux bien pensants est une réalité, bien qu'ils l'aient si longtemps combattue. Lorsqu'ils crient que bien des Bastilles doivent tomber, ils ne croient pas si bien dire..
Lisez Jean Paul II, et vous verrez, la vérité rend vraiment libre.
@ Shetan : je suis d'accord avec toi sur bien des points. La religion et la spiritualité gardent pour un certain nombre de gens une grande importance. L'Eglise, en revanche, perd progressivement son influence en même temps que sa crédibilité.
Je ne te rejoint pas sur le lien entre célibat et pédophilie, je pense que les prêtres pédophiles auraient aussi bien passer à l'acte s'ils avaient été mariés.
Quant au fait de réfléchir sur les dogme et sur le coeur de notre foi, comment ne aps être d'accord ?
@David : J'ai lu Jean-Paul II, du moins Humana Vitae si c'est bien de cela que tu parles, je t'invite à consulter l'article que j'y ai consacré sur ce modeste blog. Quand à ton dernier paragraphe, il est trop sibyllin pour que j'arrive à décerner ce que tu veux dire exactement.
Sur les dogmes, mais on a, je crois, déjà débattu de ça, nos façon de voir la religion sont en complète contradiction. Toi comme une vérité absolue et révélée, venue d'en haut, intangible et indiscutable. moi comme une dynamique, une quête sans fin qui doit nous conduire sans cesse à nous interroger, à réfléchir sur les fondements de notre foi et sur ses principes, et sur la façon de la vivre... C'est une divergence de fond, et elle est, je crois, indépassable.
Sur la pédophilie, restons en là, j'ai essayé de cantonner ce débat ici pour ne pas tomber dans un débat honteux sur des questions qui déshonorent l'Église catholique au plus au point.
Alors évitons les arguments à l'emporte pièce et de glisser dans un débat donc en aucun cas l'Eglise ne peut sortir grandie ni même crédible.
Humanae Vitae, c'est Paul VI, en 1968.
Sur le message de l'Eglise a propos de la sexualité, tu tombes dans le panneau des innombrables journalistes qui n'ont rien lu en entier sur les encycliques de Jean-Paul II et qui caricaturent ses positions. C'est en cela que je parle d'obscurantisme.
Quand aux dogmes, on a besoin de vérités pour grandir, c'est précisément eux qui me poussent à aller en quête de la Vérité. Pourquoi une Trinité ? Pourquoi la Résurrection ? Pourquoi l'Eucharistie et la Présence Réelle ? Pourquoi ce destin si extraordinaire de Marie, Mêre de Dieu ? Pourquoi le don total du Christ ? L'Eglise n'a de cesse au cours des siècles de nous éclairer sur notre nature humaine et sur ce qui la magnifie par ces réalités...