Impasse idéologique tout d'abord parce que, dans les faits, elle est inapplicable. Pour sauver la planète grâce à la décroissance, il faudrait réduire suffisamment la production mondiale pour que celle ci n'ai plus d'impact. On voit d'ici le travail, quand on sait que le modèle de développement américain est 8 fois supérieur à ce que peut supporter notre Terre (4 fois supérieur en Europe). Il faudrait donc, à moyen terme, disons d'ici à 2030, diviser par 4 la production française. Cela nous impose d'avoir une décroissance annuelle de l'ordre de 2% par an. Autrement dit, réduire notre production, et notre consommation, de 2% chaque année.
Je ne m'étendrai pas sur les effets économiques, chacun voit, avec la crise, quelle est la situation sociale et où en est le chômage quand la croissance baisse de 0,5 %. Par ailleurs, comment arriver à une baisse de la croissance ? Pense-t-on sérieusement que, si on leur demande, l'ensemble des citoyens de ce pays va accepter de réduire ses dépenses de 2 % chaque mois, surtout compte tenue des difficultés économiques et sociales actuelles ? Puisque les consommateurs ne le feront pas d'eux même, faut-il baisser les salaires ? Réduire le crédit ? Imposer des quotas de production aux entreprises ?
Je peux me tromper, mais je ne vois pour ma part aucun dispositif qui permettrait de rendre effectif la décroissance dans une démocratie laissant les individus libres. Penser que la théorie de la décroissance est applicable, c'est, à mon sens, soit espérer qu'un régime autoritaire contraigne l'ensemble des acteurs, soit s'imaginer être au pays de oui-oui et penser que tout le monde va subitement prendre conscience de l'enjeu et réduire de soi-même sa consommation, et ce pendant 40 ans !
Par ailleurs même avec un taux de croissance négatif, rien ne garantie que les écarts de salaires ne continueraient pas à se creuser, que les droits sociaux seraient mieux garanti, que l'on gaspillerai moins la ressource, que notre production polluerai moins...
Cela est d'autant plus impossible à l'échelle mondiale, puisque la population augmente. Comme nous sommes de plus en plus nombreux, il faut bien trouver un travail à chacun, et surtout subvenir aux besoins essentiels de l'ensemble de la population.
Alors on peut effectivement débattre du changement de notre modèle de développement, de bouleversement des valeurs. Chercher comment réduire notre empreinte écologique, par exemple. Mais construire des éoliennes, par exemple, provoque de la croissance, tout comme faire de la recherche pour inventer des moyens de limiter les déplacements, ou réduire les besoins de matière première.

En réalité, les tenants de la décroissance tombent exactement dans le même panneau que les ayatollahs de la croissance économique. Le problème est tout simplement mal posé. D'une part parce que, contrairement à ce que l'école de la décroissance laisserait penser, la production économique, ce n'est pas seulement al consommation de matières première. Un artiste qui écrit ses chansons et fait payer ses spectacles provoque de la croissance. Un chercheur qui trouve le moyen de ses passer de pétrole pour faire des sacs réutilisable provoque de la croissance. Trier nos déchets et les valoriser en recyclage provoque de la croissance. Tout simplement parce que la production est la somme des valeurs ajoutées, et pas la somme des matières premières consommées. On peut donc très bien avoir une forte croissance basée sur l'intelligence, la recherche et sur les services. Ce qui compte, c'est surtout la capacité des hommes à trouver de nouvelles solutions, des alternative, et à se passer de ce qui est en quantité limitée. La question n'est pas est-ce qu'il y a de la croissance ou pas, mais plutôt : est-ce que notre mode de développement préserve notre planète pour l'avenir ? Est-ce que nos actions sauvegardent notre environnement ? Est-ce que notre façon de produire et de consommer permet à chacun d'accéder au bien être, de vivre dans de bonnes conditions et de satisfaire ses besoins essentiels ? Là est le véritable enjeux, et pas dans la recherche frénétique d'un taux de croissance, ou de décroissance, déterminé. Les militants de la décroissance tombent donc dans le même piège que les tenants de la croissance à tout prix. Ils prennent de part et d'autre, un simple indicateur pour l'alpha et l'oméga d'une politique de développement. Cela fait, certes, une belle utopie. Mais cela n'a aucun impact concret, et ne nous permettra en rien de changer notre modèle de société.