Les Suisses ressuscitent Charles Martel
Par Etienne le lundi 30 novembre 2009, 18:07 - International - Lien permanent
Nos amis suisses ont vraiment fait très fort, hier, par ce vote sans appel contre la construction de minaret. Il est heureux de voir que, en cette période de crise, de hausse du chômage, de remise en cause des protections sociales, chacun sache garder le sens des priorités. Et les Helvètes ne s'y sont pas trompés : la vraie priorité aujourd'hui c'est de savoir si, oui ou non, on peut construire des minarets...
La Suisse nous offre là une belle leçon de politique, et un parfait exemple de populisme abject.
Parce que, vous avouerez, rien que d'oser faire un référendum là dessus, il faut oser ! Alors qu'on sait que ce pays est souvent traversé par des crispations xénophobes, habilement manipulés par certains partis, pas seulement d'extrême-droite, soumettre une question pareille à référendum, c'est vraiment vouloir ouvrir la porte aux amalgames les plus glauques.
Et, comme disais Aurélie G, entendre ce matin les responsables de cette tragédie nous expliquer que "non non non, il n'y a là aucun racisme", il y a de quoi avaler sa tartine de travers ! Quoi qu'en dise les mauvaises langues, il est évident que ce vote manifeste uniquement un large esprit d'ouverture et d'amour du prochain de la part des électeurs ! D'ailleurs, il est plus d'un musulman, à Zurich ou à Bern, qui doit pleurer de joie face à une telle manifestation d'amitié !
Chose curieuse, en France, il n'y a que le Front National pour s'en réjouir. Nul doute que De Villiers aura crié à la grande victoire s'il ne venait de se faire hospitaliser pour soigner un méchant cancer de l'œil. Parce que, rendons à César ce qui lui appartient, le Vicomte a fait des efforts considérables pour tenter d'instaurer un débat aussi nauséabond en France, en dénonçant depuis des années l'islamisation de la France et les minarets de Roissy !
Mais enfin, ne jetons pas la pierre aux Suisses. Ils n'ont pas le monopole du populisme. Ils ne sont pas les seuls à manipuler le rejet de l'autre et la crispation identitaire à des fins électorales. En France aussi, on fait ça très bien ! Le débat sur l'identité nationale, en plein lancement de campagne électorale, et en pleine crise économique et sociale, c'est aussi un exemple en la matière ! Car enfin il faudrait être totalement naïf pour penser que ressortira de ce grand débat une conception totalement ouverte de l'identité, quelque chose d'accueillant et d'incluant, basé sur le vivre ensemble et la tolérance - alors que ceux-là même qui organisent le débat se fixent des quotas annuels d'expulsion, virent du jour au lendemain du territoire une lycéenne sans prévenir sa famille, ou renvoient en Afghanistan des immigrés alors même qu'on y mène la guerre. Non, vraiment, on est là dans le comble de l'abject et du nauséabond. Et il n'y a rien de positif à attendre de telles manipulations et de ce genre d'amalgames, même quand cela prend le vernis d'une grande consultation démocratiques... Et ceux qui cherchent à manipuler l'opinion en dressant le portrait de l' "étranger" devrait se méfier : l'humanité n'est jamais sortie grandie de ce genre de pratiques, et on sait jusqu'où cela peut nous mener !
Photo : Hewy




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