Les uns répondent que l'affaire est ancienne. Elle est certes ancienne, mais elle n'est pas prescrite. Polanski doit donc toujours répondre de ses actes devant la justice, quel que soit le temps qui s'est écoulé, et surtout dans la mesure où il n'existe pas de prescription des crimes aux U.S.A.Dès lors, un crime commis doit être, dès lors que le coupable et connu et qu'il est responsable de ses acte, jugé et sanctionné.

Autre argument avancé : la victime a exprimé l e souhait que les poursuites cessent. Si la volonté de la poursuite est essentielle en matière de justice civile (pour obtenir réparation), en matière criminelle, il en va tout autrement. A partir du moment où les faits sont avérés, ce n'est plus du seul ressort de la victime. C'est la société toute entière qui a été attaquée, l'ordre social et ses règles fondamentales. C’est donc la société dans son ensemble qui poursuit les criminelles, par la voix de la justice (du procureur, en France), et pas seulement les victimes. Peut importe, finalement, que les victimes souhaitent qu'il y ai poursuites ou pas, le crime est suffisamment grave pour que le criminel présumé doive en répondre devant un tribunal, et être sanctionné en conséquence.

Mais, on le sent bien, l'argument de fond, qui convainc la majorité mais que personne ne dit, c'est que Roman Polanski est un grand cinéaste célèbre, et que l'on devrait fermer les yeux sur ses agissements, compte tenu de l'ancienneté des faits et de la rétractation de la victime, parce que, quand même, c'est un grand artiste. Intervient un troisième principe fondamental : l'égalité de tous devant la loi. Il n'y a aucune raison que le cinéaste, sous prétexte de sa palme d'or, n'ait pas à rendre compte de ses actes. Ce qui me désole le plus, c'est que si ça avait été un parfait inconnu, il aurait été jeté en pâture à la vindicte populaire qui aurait considéré qu'il était bien normal qu'il paye - il s'en serai même trouvé un certain nombre pour crier "Pendez le, ce salopard !". Mais là non, ce n'est qu'une vieille affaire de mœurs, et il a été arrêté dans le cadre d'un festival, bla bla bla. Nous sommes tous égaux devant la loi, et si nous sommes accusés d'un crime, nous devons en répondre !

Il n'y a donc, dans mon esprit, pas la moindre hésitation : Polanski doit répondre de ses actes ! Il doit être jugé devant un tribunal américain. Et il doit purger la peine qui sera prononcée.