La première est simple : devons nous tolérer ces pratiques au sein de la République ? Sur cette question, j'ai eu l'occasion de dire longuement, dans un billet sur la tolérance face aux intégrismes, mon avis sur le sujet. Pour faire court, il est évident que chacun est libre d'avoir la foi et la religion qu'il souhaite. Et libre également de choisir la façon dont il veut vivre, dont il pense qu'elle lui amènera le salut. Oui, mais à une restriction : que dans cette façon de vivre, ou dans ces actes, le croyant ne mette pas en cause le pacte social et la préservation du lien social.
Concernant le voile intégral, on pourrait déjà débattre et se demander si c'est bien là une pratique liée à la religion, puisque le Coran ne le prescrit pas. Et il semble que cette soudaine floraison de Burqa en France ait beaucoup plus des motifs politiques et sociaux (liés à un déficit d'intégration et d'accueil, à un repli communautaire en réponse à un rejet) que religieux. Mais ma foi, la réponse reste la même : n'est pas tolérable ce qui menace les fondements de la République et de notre société.


niqab 2Le voile intégral pose deux problèmes, bien plus encore que le foulard islamique. D'une part, il est une atteinte incontestable à la dignité de la femme, en l'emmurant réellement derrière une barrière de tissu, en la soustrayant à la vie sociale, en la stigmatisant comme n'étant pas une personne, ne faisant pas partie de la société. Nul besoin d'être féministe pour reconnaitre que ce n'est pas digne, et que cette tenue est avilissante.
Mais cela pose un autre problème : celui de ma liberté de citoyen de savoir à qui je m'adresse. Face à une femme qui porte la burqa, je m'adresse à un masque, à une personne anonyme dont il m'est impossible de savoir l'identité. Et j'estime que c'est une de mes libertés fondamentales de pouvoir avoir une relation avec quelqu'un en sachant qui c'est, en étant capable de l'identifier, de le connaitre et de le reconnaitre. Et même au delà de cette liberté de citoyen, j'ai besoin de voir son visage, ses yeux, sa bouche, son expression pour pouvoir librement et pleinement communiquer avec lui. Le voile intégral créé une asymétrie qui, au fond, revient à parler à quelqu'un, dans la rue, qui nous regarderait à travers un miroir sans teint.
Double problème donc, inconciliable avec le pacte social et avec l'idée que je me fais de la vie en société, et de la République. Ni le niqâb, ni la burqa ne sont donc, à mon avis, tolérables en France.


Niqab 3Mais se pose une autre question : une fois que l'on est d'accord sur cette incompatibilité de ce "vêtement" avec notre société, qu'est-ce que l'on fait ? Beaucoup parlent d'une loi, comme la loi contre le foulard à l'école. Une loi interdisant donc de porter la burqa ou le niqâb. Etre ainsi vêtu deviendrait donc un délit. Mais comment faire cesser l’infraction ? La Police sera-t-elle habilitée à arracher le voile du visage de la personne, même contre son gré, ce qui constituera un geste d'une grande violence ? Faut-il leur interdire de sortir dans la rue ainsi vêtues, ce qui pourrait impliquer pour certaines de n'y plus sortir du tout, et serait par ailleurs une violation des libertés publiques plus grave encore ? Et quelle sanction mettre en regard de cet hypothétique délit ? Doit-on emprisonner les femmes qui sortent voilées, alors qu'elles en sont souvent des victimes soumises ? Doit-on leur infliger une amende, et venir ainsi grever le budget de familles pour qui le repli communautaire est une conséquence de la misère sociale ?
Bref, s'il est aisé de se mettre d'accord sur ce que l'on pense de la chose, la question des moyens et des réponses à apporter sont autrement complexes. Et c'est sur cet avis que j'attends particulièrement les conclusions de la commission parlementaire. Il me semble que, plutôt que d'interdire par la loi, il faut chercher les moyens de briser ces cycles d'enfermement communautaires, et réhabiliter la République et la laïcité comme des moyens d'émancipation, d'intégration, d'ascension sociale. Tant que nous serons dans une société qui discrimine et laisse à la marge une partie de ces citoyens, une partie de ceux-ci rejetteront leurs bourreaux et se précipiterons dans les bras de l'obscurantisme.


Les photos qui illustrent cet article sont de la photographe égyptienne Rana Ossama (Ranoush)