Difficile de faire le tour de tous les arguments possibles et imaginables qui nous sont avancés, à longueur de reportage, pour justifier ce lieu commun. L'un des principaux est le soi-disant écartèlement du Parti Socialiste entre deux orientations : l'une socialiste, l'autre sociale-démocrate.
Et bien mes amis, n'en croyez rien : c'est une chimère ! Tout d'abord parce que le Parti Socialiste a toujours été le lieu de rencontre et d'alliance d'un courant marxiste et d'un courant, on va dire d'héritage démocrate-chrétien. A aucun moment depuis le Congrès de Tour vous n'arriverez à montrer que le parti n'était que l'un ou que l'autre. Cette dualité n'est pas nouvelle, et est loin d'être fondamentale ! Lorsque nous votons une nouvelle déclaration de principe, il y a un an, celle-ci est adoptée à une immense majorité. La ligne est claire : les socialistes prônent une "transformation sociale radicale".
Alors on essaie d'instrumentaliser les différences. Certains journalistes, par exemple, essaient de faire croire que la division entre les ouistes et les nonistes est toujours vive. En réalité, cette grille de lecture n'a plus aucune pertinence aujourd'hui.

Déchiré par des ambitions personnelles ? Bon, je vous l'accorde, elles ne manquent pas au P.S. Et les déclarations de candidature intempestive de ces derniers jours le rappellent à ceux qui l'auraient oublié. Mais néanmoins, hormis quelques exceptions que l'on peut compter sur le doigt de deux mains, chacun à bien compris que ces ambitions n'ont de sens que dans le cadre du Parti. C'est d'ailleurs pour cela que certains camarades, qui n'ont pas grand chose en commun avec le fond idéologique du P.S., restent à tout prix. Chacun sais qu'il n'y a pas de place électorale en dehors du P.S. Que, par exemple, nul ne pourra porter une candidature crédible aux présidentielles s'il n'a pas un grand parti derrière lui. Vous pouvez être sûr qu'aucun ne va prendre le risque de quitter la barque pour tenter l'aventure, seul de son côté ! Prenez l'exemple de Jean-Luc Mélanchon, qui décide de faire bande à part. La première de ses préoccupations, ce n'est pas d'avoir des idées ou de porter un projet alternatif, c'est de trouver au plus vite une alliance électorale qui lui permettra de survivre. Idem pour les anciens camarades convertis au sarkozysme, qui créent un parti (la "Gauche Moderne" qui ne trompe personne) pour pouvoir faire alliance électorale avec l'UMP.

En fin de compte, il suffit de comprendre ce qui fait la force du parti aujourd'hui pour comprendre qu'il ne s'éteindra pas. Nous avons 21 régions sur 22; une majorité de départements; une majorité de grandes villes, d'agglomérations ou de communautés urbaines. Un tissu de dizaine de milliers d'élus locaux et de collaborateurs. Des personnes qui, au quotidien, font vivre les idées du parti, mènent des politiques ambitieuses en matière de logement, de transport, de développement économique (oui, avec les lois du marché !). Ce sont eux qui se battent au quotidien pour la lutte contre el changement climatique, et le respect de l'environnement. Ils travaillent ensemble, dans les collectivités, souvent très loin d'histoires de courants, d'enjeux stratégiques nationaux... Ils écrivent l'histoire de la gauche au quotidien, et font changer la société.
Beaucoup plus cyniquement, collaborateurs et élus locaux, chacun sais que cela ne repose que sur un parti socialiste uni, large et ouvert. Et qu'un effondrement du parti ou son éclatement donnerai les clefs de toutes ces collectivités à la droite. Le local est donc bien le ciment du PS.

Mais ça, la presse nationale ne le voit pas. Elle ne connait le PS qu'à travers Solferino, et donc pas du meilleur côté. Finalement, l'image du P.S. est biaisée par ça. L'image que vous en avez, c'est celle que les journalistes relaient de Solferino. Jamais on ne parle de ces politiques locales, de ces fédérations qui marchent, de ces sections qui militent, de ces mairies, départements ou régions qui sont des laboratoires d'idées, qui construisent la solidarité au quotidien, ou qui vivent au quotidien, dans leur fonctionnement, l'union de la gauche.
Le Parti Socialiste a donc le même problème que les banlieues. On ne parle que d'un petit groupe de délinquant qui a complètement oublié les règles élémentaires du vivre ensemble. Au P.S. comme dans les quartiers sensible, seul un tout petit groupe de quelques personnes ne respecte pas les règles du jeu. Comme c'est ce qui se voit le plus, ce qui est le plus facile à montrer, et le plus à porté des médias, c'est l'essentiel de ce que l'on retient. Mais on ne montre pas, en dehors de ça, l'incroyable travail fait par les acteurs de terrains. On n'explique pas la cohésion qui fait que des milliers de personnes se sentent former un groupe, et essaient de se bouger pour le collectif. Ce sont les associations, les structures de lien sociales qui, dans les quartiers, sont oubliés. Ce sont els sections, els équipes locales, ceux qui font vivre le parti au quotidien, loin des instances nationales, qui sont, aujourd'hui, le Parti Socialiste. Et qui construiront les victoires de demain.