Je ne vous laisserai pas croire que j’ai une réponse claire après seulement quatre jours passés en Wallonie. D’autant que, le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis des uns et des autres sont particulièrement contrastés.
Sans me lancer dans un cours d’histoire, une grande partie du problème remonte aux années 1960. Pendant des décennies, l’union entre ces deux peuples, dont la monarchie est le principal ciment, est le cadre d’une domination économique, culturelle, politique des francophones. L’économie dépend alors largement des matières premières : charbon et fer, notamment, qui sont extraits dans le Sud de la Wallonie et traités surplace. Puis, progressivement, les ressources s’épuisent, et les industries se déplacent : le développement économique ne se fait plus autour des bassins miniers en crise, mais autour des ports.
Avec la fin de la domination économique, la domination politique est de moins en moins bien vécue, et les flamands exigent et obtiennent une réorganisation institutionnelle qui sépare le pays en 4 : Wallonie et Flandres, donc, une petite communauté de germanophones, et le district de Bruxelles et ses alentours, qui mélange les deux cultures (majorité francophone néanmoins).
Le problème qui se pose aujourd’hui est double. D’une part, la Flandre, riche, prospère, plus individualiste, et de culture germanique, supporte de moins en moins bien son union avec une Wallonie pauvre, en crise, de culture latine, et plus solidaire. Le débat se pose bien souvent en ces termes, plus ou moins : pourquoi avoir des services publics unifiés, autrement dit pourquoi les néerlandophones devraient payer pour les francophones ?
Et, de fait, au cours des dernières décennies, de nombreuses élections se sont soldées par une crise politique majeure et par une réorganisation des compétences, avec un Etat fédéral qui se voit dépouiller progressivement de ses prérogatives au profit des communautés. Ce processus est toujours à l’œuvre, et j’ai bien vu dans le discours et les préoccupations de mes camarades qu’un des enjeux de la campagne locale, ça sera l’avenir de certaines compétences et de certains services publics, comme par exemple la politique de l’emploi et les prestations chômage.

Le deuxième problème est un problème purement culturel. C’est indéniable, la culture des uns et celle des autres sont très différentes. Là dessus, j’ai rencontré des avis très divergents. Certains considèrent que ce sont surtout les politiques et les médias qui monte ces tensions en épingle et que la population ne les ressent pas Mais la plupart des gens que j’ai rencontré m’ont fait état de la claire séparation entre leurs deux cultures, voire pour certain d’une certaine incompatibilité. Chez un certain nombre d’interlocuteur, j’ai bien senti qu’il ne se sentait rien en commun avec leurs concitoyens de l’Ouest. L’un m’explique que la Belgique tiens avec des bouts de ficelle. Un autre me dit que ce pays, je cite est « une grosse blague », et une erreur de l’histoire. Et je parle là d’interlocuteurs modérés, je n’ai pas rencontré de mouvances autonomistes etc.

Ce double problème posé, qu’est-ce que l’on fait ensuite ? Quel avenir on envisage pour la Belgique ?
Soyons méthodiques et examinons toutes les solutions.

  • Le statut quo : imaginer que les choses vont s’apaiser et que tout va en rester là relève à mon avis de la politique fiction… Depuis le nouveau régime fédéral en 1966, le torchon ne cesse de bruler, et de nouvelles compétences sont séparées tous les cinq ou dix ans, sans aucune interruption. Il n’existe, à mon avis, aucune raison sérieuse de penser que cette tendance de fond pourrait s’arrêter dans un pays culturellement aussi divisé, où l’union nationale repose sur si peu de chose que la famille royale ou l’affaire Dutroux.


* La rupture : si les forces centrifuges se poursuivent, il ne restera bientôt plus à Bruxelles que la gestion de la dette et la diplomatie… On a beaucoup parlé, alors des dernières crises où la Belgique est restée 7 mois sans gouvernement, de la question dur attachement de la Wallonie à la France. SI les français y sont largement favorables, cette idée est assez franchement minoritaire chez les wallons – à l’inverse, les hollandais ne veulent pas des Flamands dans les Pays-Bas…
Non, la question ne se posera pas comme ça, mais plutôt en ces termes : si les systèmes de protection sociale sont séparés, ainsi que les recettes publiques, la Wallonie sera au bord sera en banqueroute. Elle n’est pas viable seule. En cas de rupture aussi grave, il faudra donc bien trouver une solution, dont l’une des principales est le rattachement à la France.

  • Une Belgique – coquille vide : à partir de là, tout peut être imaginé. Comme un modèle confédéral, ou l’Etat ne fait rien d’autre que de gérer le clivage entre communautés, avec un montage financier qui permettrait à la Wallonie de survivre, et une rupture politique profonde et définitive. Ou bien un modèle unique au monde, avec un statut particulier pour le district de Bruxelles sous administration de l’UE pour les besoins de l’Union, avec la séparation dans els faits des communautés…


Difficile d’avoir des certitudes sur le sujet, en tut cas. Seule choses certaine : l’avenir de la Belgique et flou, et risque d’être troublé. Rien n’est encore certain, mais il paraît quand même peu probable que la Belgique reste un pays uni bien longtemps. D’ailleurs, un responsable fédéral du PS belge me le disait : « Je suis sûr de connaitre l’explosion de la Belgique de mon vivant. »
Le débat est donc loin, très loin d’être refermé.