Les jaunes, briseurs de grève !
"Il ne vient pas à la manif, c’est un jaune !" L’expression est fréquemment employée, souvent comme une boutade, dans le mouvement social, et entre nous.
Les jaunes. Une expression qui demeure, fruit de l’héritage des luttes et des conflits sociaux des siècles précédents. Les briseurs de grèves, ceux qui empêchent la mobilisation en travaillant pour le patronat, les traîtres qui réduisent l’impact du mouvement social.
D’où vient cette expression, et quelle est son histoire ? Qui sont les jaunes aujourd'hui ?
L’origine de cette appellation est apparemment assez floue. Plusieurs explications différentes sont avancées par les uns et par les autres. L’une d’entre elle remonte aux grandes grèves de 1870, aux teintureries de Saint Chamond (Loire), ville ouvrière qui était alors la capitale mondiale du lacet. Pour briser la grève des ouvrières, les patrons embauchaient des journalières, dont les vêtements étaient imprégnés, à la fin de la journée de travail, de poussière de souffre (utiliser pour fixer le pigment sur les tissus). Entre une ouvrière en grève et une journalière qui sortait de la manufacture, la différence de couleurs des vêtements était visible du premier coup d’œil – et à l’odorat également !
D’autres explications, parfois un peu fantaisistes, sont aussi avancées : jaune comme le papier jaunâtre qui remplaçait les vitres brisées du local de ces syndicats, jaunes comme les vêtements des ouvriers briseurs de grèves qui se recevaient des eux de la part des grévistes…
Plus intéressant à mon sens : le jaune est également la couleur papale. Idée saugrenue ? Replaçons-nous dans le contexte ! Nous sommes à la fin du XIXème siècle. Depuis 1870, les économies développées connaissent leur première grande crise depuis l’émergence de la révolution industrielle. Les ouvriers vivent dans une misère noire, et des conditions de vie désastreuses. Depuis la première moitié du siècle, le mouvement socialiste se structure, les syndicats se créent et se développent. Les grandes grèves se généralisent et se radicalisent. En 1891, le Pape Léon XIII publie l’encyclique Rerum Novarum, qui est un tournant majeur : l’Eglise catholique condamne « la misère et la pauvreté qui pèsent injustement sur la majeure partie de la classe ouvrière », tout en fustigeant avec virulence le socialisme. En dénonçant les excès du capitalisme, le Vatican apporte sa caution au développement du mouvement social. Cette encyclique donne naissance au syndicalisme chrétien et au catholicisme social. Dans sa lignée directe son créé les premiers syndicats non socialiste.
Car en fait, tout le problème est là. Le mouvement social et le monde syndical se retrouve profondément divisé. Cela dépasse de beaucoup la question des ouvriers employés à la place des grévistes. On a d’un côté les rouges, les socialistes, qui voient dans le mouvement social une lutte des classes et revendique une appropriation des moyens de production par les travailleurs. Et de l’autre côté, on a les jaunes, qui refuse l’affrontement avec le patronat, et veut réconcilier les classes autour d’un programme de justice social. À la lutte des classes, les jaunes opposent collaboration des classes au sein de « la grande famille du travail », unie dans une « inséparable communauté d'intérêts ». Ils refusent la grève comme moyen d’action.
Le premier syndicat jaune est fondé en novembre 1899 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) par un petit groupe de mineurs qui refusent de participer aux mouvements de grève. Sans rentrer dans le détail de toute l’histoire du syndicalisme jaune en France, que vous trouverez en détail sur Wikipedia, le mouvement a connu un certain succès, même s’il ‘n’existe plus aujourd’hui en tant que tel, certains syndicats comme la CFTC, la CFE-CGC, et la CFDT sont les héritiers de ce mouvements.
Pour autant, le terme de jaune a conservé un sens très péjoratif dans le mouvement social. Dans l’imaginaire collectif, le jaune reste le traître, le briseur de grève, et l’idéologie que les jaunes portaient à l’époque a été oubliée. Ils ont finalement changé de visage : le jaune n’est plus le syndicaliste, plus porté sur la négociation, mais présent avec ses camarades dans les manifestations. Aujourd’hui, la figure du jaune, c’est celle de cadres volontaires chargés par leur direction d’assurer le fonctionnement de l’entreprise ou du service malgré les grévistes, par le recours à du personnel extérieur, par exemple. Ou bien sans doute aussi ces travailleurs que l’on voit à longueur de journaux télévisés, complètement incapables d’imaginer le sens d’une mobilisation collective, et qui se plaignent qu’il n’y ait pas de transports en communs, faisant leur les arguties du MEDEF, et ne voyant que leur intérêt et leur confort personnel.
Les vrais jaunes, aujourd’hui, ceux qui empêchent la mobilisation ou réduisent l’impact du mouvement social, ce sont sûrement ceux là.
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Je ne sais pas s'il y avait des jaunes à Brest aujourd'hui, mais c'était noir de monde ! ça fait chaud au coeur !
Symbolique du jaune: au Moyen-Age, la couleur jaune était réservée aux fous du roi!
(cf Pastoureau: symbolique des couleurs"
Y aurait-il un lien?
A voir...
Mes premières idées auraient été :
Jaunes de trouille devant les patrons...
Faire dans ses braies face à l'autorité patronale...
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Mais tout est plausible quant aux origines.
Quand est-il dans les autres pays ou langues ?
La clé pourrait être de ce côté.
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Par contre, je me rappelle surtout de la mise en quarantaine des jaunes en 1968 : Sur cinquante personnes dans l'entreprise, trois ou quatre jaunes que les grévistes refusaient de saluer et à qui ils n'adressaient pas la parole pendant quarante jours !
A la limite du linchage (ou bizutage) dans beaucoup d'ateliers...
"Les vrais jaunes, aujourd’hui, ceux qui empêchent la mobilisation ou réduisent l’impact du mouvement social, ce sont sûrement ceux là. "
-> Votre relativisme maladroit ne vous empêchent pas de raisonner à l'envers : ce ne sont pas les travailleurs qui empêchent les grévistes de se mobiliser, ce sont ce sont les grévistes qui empêchent les travailleurs d'aller gagner leur croute...
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