Car le moins que l'on puisse dire, c'est que les autorités, notamment les gouvernements français et britannique, la marine, la gendarmerie et la justice, ont vraiment tout fait pour que l'on se tourne vers l'hypothèse d'un accident fortuit. Il y a eu d'abord le refus de renflouer le chalutier. Les poursuites rocambolesques mais absurdes contre un navire philippin, le Seattle Trader, qui n'était pour rien dans l'histoire. L'interruption d'enregistrement ou la destruction des bandes du Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Secours. Il y a eu les mensonges et les diffusions de fausses informations sur l'heure du drame par les autorités militaires. Le refus du gouvernement anglais de communiquer la position de ses bâtiments.
Pire encore il y a eu ces rapports, ces experts au combien partiaux, et cette conclusion terrible du B.E.A. mer (Bureau Enquête Accident), qui concluaient à un accident de pêche, voire à une erreur des marins, alors que toutes les personnes connaissant bien la mer et la pêche savaient parfaitement que cette hypothèse ne tenait pas la route.
Sous marin trafalgarEn réalité, la seule hypothèse qui tiens la route, et qui résiste à l'épreuve des faits et constatations, c'est que le sous-marin britannique HMS Trafalgar (cf. photo), en exercice avec un sous-marin hollandais à ce moment là sur cette zone, se soit pris dans un cable. L'équipage du submersible en s'étant pas rendu compte de l'évènement, le batiment a poursuivit sa route, a déroulé le câble sur toute sa longueur, puis a coulé le chalutier en le tirant très rapidement sous l'eau.
Cette hypothèse a été détaillée avec beaucoup de précision dans une enquête implacable par les journalistes Laurent Richard et Sébastien Turay, et présentée au grand public sur France 3, dans le magazine pièce à convictions, puis dans un livre (Bugaled Breizh, Secrets d'Etats autour d'un naufrage, édition First). De fait, toutes les personnes qui ont étudié de près ce dossier, et qui n'ont pas d'intérêt direct à ce qu'aucun sous-marin ne soit impliqué dans le naufrage, sont d'accord pour dire que c'est bel et bien ce qu'il s'est passé.
En d'autres termes, tout le monde sait, aujourd'hui, la vérité, ou l'hypothèse qui s'en approche le plus. Seulement il y a ceux qui la reconnaissent et ceux qui la cachent, quitte à prolonger le mensonge et à tout faire pour que l'enquête s'enlise. Pour ce qui est de l'instruction en cours, on en est là ! Tout est bloqué parce que les gouvernements français et britanniques refusent de déclasser des informations classées Secret Défense, qui seules permettrait d'établir la vérité et d'ouvrir un procès.

Bugaled Breizh

En attendant, les familles des marins continuent à se battre dans le vide, en espérant qu'un jour la vérité sera reconnue par la justice, qu'une condamnation sera prononcée, que des réparations seront versées. Et toute la Bretagne qui attend avec elles, tant ce drame est devenue une cause sensible et identitaire dans notre région. Il n'y aurai pourtant pas grand chose à faire de la parts des Etat-majors et des gouvernements respectifs. Le coût de la vérité ne serait pas trop lourd à porter... Il leur suffirai de donner les information, de reconnaitre leur erreur, et on pourrait refermer la page.
C'est comme ça que se comporterai une grande Nation. Avec honneur, transparence, et respect pour ses citoyens. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est bien loin de tout ça... Combien faudra-t-il de Bugaled Breizh pour que ce genre de réflexes, hérités du belliqueux XXème siècle, évolue ?

Voir le blog des parties civiles : http://www.bugaledbreizh.com/