Peut-on être contre le téléthon ?
Par Etienne le vendredi 5 décembre 2008, 17:27 - Quotidien - Lien permanent
Il aura suffit d'une petite phrase sur Facebook pour qu'aussitôt la polémique soit lancée http://www.facebook.com/profile.php.... En ce jour du lancement d'un énième Téléthon, est-il possible d'émettre un bémol dans ce grand élan de générosité et de charité qui va s'emparer de la France pendant deux jours ?
Permettez moi d'insister. Je sais que ce n'est pas politiquement correcte, voire socialement répréhensible, mais j'avoue que, une fois de plus, cette manifestation me laisse complètement de marbre. Et - oserai-je sortir du placard ? - je le répète, quitte à choquer, je suis opposé au principe du Téléthon.
J'entends d'ici les hoquets scandalisés des uns et des autres, les cris et les appels à la lapidation. Et je vous laisserai me pendre bien volontiers dès que j'aurai fini de vous exposer mes arguments.
Une petite précision pour commencer. Quand je dis que je suis contre, je ne pense pas que le gouvernement devait prendre un arrêté pour interdire la chose, bien au contraire. Je veux juste dire que je n'y participerai pas et ne la soutien pas, à titre personnel.
Le Téléthon sert à deux choses. D'une part, aider les familles des enfants malades; d'autre part, à faire avancer la recherche concernant les maladies génétiques. Pour ce qui est de l'aide aux handicapés et à leurs famille, la question ne se pose pas seulement pour les maladies génétiques, mais pour toutes les formes de handicaps et de perte d'autonomie. Le problème est donc beaucoup plus large, et c'est d'ailleurs un enjeu majeur pour la société de demain. La solution ne vient pas de la charité à grande échelle, mais bien d'un système de solidarité qui prenne vraiment en charge toutes les formes de handicaps et toutes les situations de perte d'autonomie. Ce n'est ni à la charité, ni à l'assurance privée de prendre cela en charge, mais bien à une cinquième branche de protection sociale, financée par l'impôt. Je ne rentrerai pas dans le détail de ce système ici, vous retrouverez la proposition concrète et détaillée ici http://www.elus-socialistes-bmo.org....
Et que l'on ne me traite pas d'égoïste de ne pas vouloir donner au 36 37. Je ne veux pas faire une promesse de don à l'AMF, je veux que l'on prélève de mon salaire un impôt qui finance ce risque ! Et mon chéquier est prêt, je veux pouvoir dès demain payer plus au trésor public pour cela - a condition que le financement de cette branche soit juste et équitablement réparti.
Le même argument peut être avancé concernant la recherche, mais je ne suis pas entièrement d'accord. Je ne dis pas que l'Etat devrait remplacer entièrement l'AMF et les dons pour la recherche. Il est normal que des initiatives privées et de solidarité existent pour aider la recherche et la faire avancer. La méthode m'inquiète plus, en revanche. Faire pleurnicher dans les chaumières, à grands renforts télévisuels, en faisant du misérabilisme à paillette pour harceler la conscience des familles qui préparent les cadeaux de Noël, ça ne me convient pas. Imposer Deux jours de direct, à grands renforts d'images de gamins en fauteuil roulant, et marteler un message quasi subliminal dans tous les médias pourf aire rentrer dans le crâne des gens qu'il FAUT donner, je le rejette, et le dénonce. Rien de spécifique au Téléthon, d'ailleurs. Je me suis insurgé de la même façon, après le Tsunami, contre l'orgie de charité et de misérabilisme qui avait suivi les fêtes de Noël, et contre le battage que les médias avaient fait là dessus. Et je 'lavais dénoncé en étant moi même engagé sur un projet de solidarité lié au Tsunami. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ma position sur le sujet est relativement constante.
Je suis donc autant gêné par la privatisation (= confier au privé, donc aux particuliers et aux associations) de la prise en charge du handicap, que par le harcèlement médiatique qui tourne autour du Téléthon. Mais il y a, à mon sens, quelque chose de plus gênant encore. Et je sais que ma position va vous choquer, mais je l'assume. Je ne comprend pas que l'on organise cela pour les maladies génétiques, au nom de la raison d'Etat. On mobilise des énergies considérables, et on collectes des dizaine de millions d'euros chaque année pour des maladies qui touche des tous petits nombres de personnes. Parallèlement, il y a quelques jours avait lieu la journée mondiale de lutte contre le Sida. Quelle mobilisation pour quelle collecte de fond ? Il y a près de dix ans avait lieu le Sidaction. Il s'est interrompu faute de succès. Pourtant le Sida touche des centaines de millions de personnes, pour une maladie que nous avons les moyens d'enrayer. Mais je pourrai parler aussi du cancer, d'Alzheimer, de l'exclusion, du Darfour... Je suis choqué par la disproportion entre les moyens véhiculés par le Téléthon et le nombre de bénéficiaires, et l'absence totale de mobilisation et de couverture médiatique pour d'autres causes qui touche un nombre infiniment plus grand de personnes.
C'est la raison d'Etat. Cela implique des choix douloureux, qui peuvent sembler injuste. Mais ils me semblent que les moyens humains, financiers, médiatiques doivent être consacrés le plus là où ils sont le plus nécessaires numériquement, et le plus efficace en terme de résultat. Là encore, je suis tout ce qu'il y a de plus cohérent : je dis et je répète depuis des années que je suis contre l'humanitaire "médical", qui soigne dans l'urgence mais n'apporte aucune aide au développement. Je suis contre le travail d'ONG comme Mécénat Chirurgie Cardiaque(1). J'ai déjà expliqué plus en détail ma position sur la solidarité internationale et sur l'humanitaire dans un billet précédent http://www.alahune.fr/index.php?pos....
Alors voilà. Je sais que je vais scandaliser, décevoir même, peut-être, beaucoup de gens. Cela n'enlève rien à la beauté de l'engagement de tous ces bénévoles, et à la générosité des donateurs. Mais je préférerai qu'ils s'emploient à d'autres causes.
Telle est mon opinion.
Maintenant vous pouvez amener la corde : je suis prêt.
(1)Mécénat Chirurgie Cardiaque prend en charge des enfants des pays du tiers monde, souffrant d'une malformation cardiaque grave, pour les faire opérer en France, payant le voyage, l'hébergement et tous les frais médicaux. Chaque opération coûte cher et permet de sauver un enfant. Certes, ces quelques enfants ont la vie sauve, mais je pense qu'il vaudrai mieux employer cet argent à faire de l'aide au développement, des campagnes de vaccination, de la construction d'infrastructures, de la scolarisation...
P.S. : avant de finir cet article, je rejette un oeil sur facebook, et suis assez surpris de la tournure que prend le débat. J'espère au moins que personne ne me fera l'insulte, en réponse à cet article, de me dire que je ne fais rien pour les autres, que je reste chez moi sans prendre part à de bonnes causes, que je ne fais que critiquer sans rien faire de concret et sans me battre pour rendre le monde meilleur. Je pense que mon engagement, qu'il soit politique, associatif ou en tant que simple citoyen, ne laissera personne dire ou penser ça. Je n'accepterai pas ce genre d'attaques. Je tenais à le préciser.
Photo : Alexandre Modesto http://www.flickr.com/photos/alexan...




Commentaires
Tu as au moins un soutien dans ce bas monde et je compte bien apporter ma pierre a cette reflexion quand je rentre de Barcelone.
En attendant, bon week-end sans teloche
Je n'aime pas non plus le téléthon ... pour les même raisons que toi. Au lieu d'user la corde des émotions, nous ferions bien mieux de donner du sens à nos citoyens et d'inscrire le don aux autres dans la durée et dans notre quotidien, que ce soit en temps pour les autres ou en argent.
Je pense qu'il n'y a pas besoin de pleurer pour donner aux autres ... au contraire, je crois que l'on donne d'autant plus et plus régulièrement que l'on ne pleure pas !
Je partage tout à fait ton analyse sur le Téléthon.
D'abord, il met en avant le déficit d'actions de l'Etat dans l'aide aux familles et à la personne handicapée, ainsi qu'au soutien à la recherche. Pour cela, je te rejoins évidemment dans la proposition d'une cinquième branche de la Sécu. Je te rejoins également sur la nécessité d'avoir un discours vrai sur l'impôt. Enfin, le fait de médiatiser cet événement est une sorte d'injustice par rapport à toutes les autres actions qui sont menées tout au long de l'année, par des bénévoles bien sûr, mais en général tous les pans de l'action sociale, de l'Etat aux collectivités.
Par ailleurs, accordons toutefois au Téléthon de mettre en exergue une mobilisation importante au service de la solidarité, de la générosité. C'est à la fois du temps et de l'argent qui sont mobilisés, mais avec cet élan de générosité, de solidarité.
Effectivement, deux poids, deux mesures...
Ma contribution à la réflexion : http://herverivano.wordpress.com/20...
En fait, Etienne, tu ne choques pas par tes convictions, que je respecte et partage. C'est bien à l'Etat de prendre en charge un juste financement des recherches et des dispositions pour aider les familles.
En revanche, je ne partage pas ta conviction sur la place des associations. Je pense qu'il est sain que les associations soient pleinement partie prenante dans la prise en charge du handicap. C'est d'ailleurs comme cela que la Mairie de Brest conçoit sa politique du handicap. Ce sont ceux qui sont au plus près des problèmes rencontrés qui sont les mieux à même d'apporter les solutions à la vie quotidienne. Ainsi en est-il des établissement de travail adapté, des centres de loisirs... Evidemment, avec l'aide financière de la puissance publique, c'est essentiel.
Il ne s'agit pas seulement d'un problème de handicap ou de perte d'autonomie, mais bien de maladie! La myopathie et la mucovicidose sont fatales. Et on n'aborde pas la prise en charge de la maladie comme la prise en charge de la handicap et par conséquent, invoquer le 5ème risque me paraît insuffisant ici.
Le problème, c'est que ton ignorance et tes omissions te font conclure des choses, sous le couvert de la rationnalité, qui sont choquantes. D'abord, les maladies génétiques ne sont pas des maladies rares. Et il n'y a plus beaucoup de maladies non génétiques dont on n'est pas convaincu qu'il existe des terrains génétiques favorables à leur développement. Ensuite, les progrès liés à la recherche sur les maladies génétiques ont largement débordé sur les autres maladies, comme le SIDA et les cancers, et sur les autres domaines de recherche (par exemple, progrès dans le champ de l'évolution ou génomique marine qui bénéficie du Généthon, pour parler de ce qui peut intéresser le Finistère). Autrement dit, le téléthon ne sert pas qu'aux millions de victimes des maladies génétiques, il sert aussi aux millions de porteurs du HIV et de cancéreux.
Enfin, elles ne s'attrappent pas, elles s'héritent. C'est con à dire, mais, à part l'eugénisme, il n'y a aucun moyen de prévention pour ces maladies. Alors oui, au crible du rationnalisme que tu sembles apprécier, l'injustice d'une maladie que tu récupères à la naissance et qui t'amène à une mort précoce est plus grande que celle que constitue une maladie attrapée par défaut de prévention.
Tout cela pour dire que la recherche sur les maladies génétiques a fait naître des espoirs de thérapie dans quasiment tous les domaines de la médecine. C'est peut-être aussi pour cela que le téléthon, symbole de cette révolution scientifique continue. Et puis, on parle toujours de visibilité des minorités...si on pouvait comprendre que montrer ces malades en fauteuil a aussi pour but de rappeler que ce sont des être humains, ça ferait avancer un peu leur intégration dans une société dans laquelle le handicap est la 1ère cause de discrimination à l'embauche.
Salut PierKa,
je suis d'accord avec toi sur l'aspect spécifique des maladies génétiques car héréditaires, mais ça ne les discrimine pas d'autres infirmités héréditaires, notamment les différents handicap physiques et mentaux.
Par contre, il faut faire *très* attention aux dérives potentielles de ce type de raisonnement : le pauvre enfant innocent qui n'a rien demandé puisqu'il est né avec sa maladie. Pourquoi ? Parce que celui qui chope un sida est moins innocent ?
Je ne t'accuse pas de faire ce type d'amalgame hein, mais juste d'être prudent avec la pente très savonneuse qui s'amorce et que certains pas très bien intentionnés voudront exploiter sans vergogne.
Enfin, sur la place des associations, c'est une vraie interrogation. Y a-t-il démission de l'Etat quand il subventionne gras des associations qui font un boulot fabuleux ? Je ne le crois pas. Par contre, quand il laisse d'autres assos à la merci de la générosité saisonnière des gens, oui, il démissionne. Parfois la frontière est très difficile à tracer entre démocratie sociale, appui sur les corps intermédiaires d'une part et démission nationale et privatisation d'autre part.
Cela vaut, à mon avis, une réflexion très poussée.
Pierre,
Merci pour avoir pris le temps de rédiger un commentaire aussi détaillé.
Je souhaiterai y apporter quelques éléments de réponse :
- Sur les associations, je pense que tu mélanges plusieurs choses que j'évoque, que j'ai peut-être mal distinguées les unes des autres. Le travail que fait le tissu associatif dans le secteur social, pour la prise en charge des handicapés notamment, dans la gestion de structures, dans accompagnement, pour tout le secteur médico-social, est formidable, et irremplaçable. Ce que je met en cause, c'est le financement. dans le travail qu'elle font par cette prise en charge et cet accompagnement, ces associations ne doivent pas vivre de dons aléatoires, mais bien de financements publics. Comme c'est le cas avec le Conseil général, par exemple, ou la mairie de Brest, qui subventionnent largement certaines de ces associations. je ne remet aps en cause leur existence ni leur travail, je veux au contraire qu'on les y aide et qu'on leur donne les moyens pour qu'elles joue pleinement leur rôle dans la solidarité nationale.
Je ne dirai pas, évidement, tu l'as compris, la même chose des associations de charité ou humanitaires, même si chacun est libre de faire ce qu'il veux, mais le travail que font les associations humanitaires dont je parle me semble bien moins pertinent.
Je suis d'accord, par ailleurs, avec Hervé, sur le fait que l'Etat démissionne en se déchargeant sur certaines associations, comme les resto du cœur, par exemple.
- Concernant la recherche, j'ai bien conscience qu'un débat entre toi et Hervé serai beaucoup plus intéressant que 'lavis de ma pomme. Et, par ailleurs, ce que tu me dis là me fait avancer et m'aide à affiner mon avis et ma réflexion. néanmoins, quelques questions suite à cela. Je comprend les interactions entre la recherche dans un domaine, et les résultats que cela peut appliquer à d'autres. Et je prend note que le Téléthon peut avoir un impact positif sur la recherche HIV - sans doute nettement plus faible que si les mêmes sommes étaient consacré directement au HIV, sans doute. J'imagine donc, mais là encore les chercheurs parmi vous pourront éclairer ma réflexion, qu'une recherche lancée massivement sur le SIDA pourrait également faire avancer cette cause, et par là même avoir des répercussions positives sur d'autres maladies, les myopathies ou d'autres. Par ailleurs, si un socle de recherche, un domaine particulier fait avancer la connaissance non seulement en direction de nombreuses maladies génétiques, mais aussi plus généralement sur bien d'autres maladies, et d'autres domaines de la connaissance humaine, alors il me semble qu'on est là typiquement dans ce que vous appeler de la recherche fondamentale. Et il me semble qu'une recherche fondamentale avec de tels impact doit impérativement être prise en charge, financée et encouragée par l'Etat, qui ne peut ni ne doit s'en défausser sur des opérations de charité.
- Je ne me risquerai pas à comparer l'injustice ou la souffrance que représente le fait d'avoir une maladie plutôt qu'une autre. Je ne pense pas qu'on puisse les étalonner en se demandant si le malade a une part de responsabilité ou pas. En revanche, je pense que notre attention doit particulièrement se porter sur les maladies ou les troubles dont le nombre de personnes atteintes est conduit à augmenter fortement, notamment du fait d'une propagation virale.
- Rien à rajouter en revanche sur l'indécence de ce spectacle misérabiliste, de cette machine médiatique a faire culpabiliser les consciences. Je suis d'accord avec ce que développe Hervé à se sujet dans mon billet, et n'ai rien à ajouter là dessus, si ce n'est qu'en terme d'action pédagogique pour sensibiliser sur le handicap, les handicapés méritent beaucoup mieux que ça !
Sur les asso, complètement d'accord avec toi. Je pensais bien en écrivant que tu étais sur le côté financement, la discussion aura permis d'éclaircir le raisonnement.
Sur la recherche fondamentale, tu dis juste! Sauf que tu fais un raisonnement à rebours. Quand la recherche sur les myopathies a commencé, qui savait que cela allait déboucher sur des découvertes dans autant de domaines? Il peut donc parfois paraître opportun de lancer des recherches "orphelines" qui aboutissent à plus après. Et d'ailleurs, le généthon d'Evry a été lancé grâce au Téléthon, et largement financé par l'Etat.
La différence fondamentale entre le HIV et une maladie génétique, c'est qu'il PEUT être mené des opérations de prévention contre la transmission du virus, ce qui n'est pas possible pour les maladies génétiques (à moins de verser dans l'eugénisme). La recherche médicale est donc la seule voie de sortie pour les maladies génétiques, ce qui n'est pas le cas pour le HIV (cela pas pour dire qu'il ne faille pas investir dans la recherche contre le SIDA, mais que l'investissement est plus dispersé dans cette lutte)
La recherche, enfin, sur les maladies génétiques touche tout simplement au plus profond de ce qui constitue la base de la vie : l'ADN. Les cancers sont liés à l'usure de la molécule au cours de la vie, les virus injectent leur ADN pour se reproduire en nous, et ils peuvent bousculer le nôtre et engendrer des cancers. Inversement, on utilise des virus neutralisés pour introduire des gènes dans les cellules. Les recherches sont donc dépendantes les unes des autres.
Ce qu'il faut voir dans le téléthon, à mon sens, c'est aussi une forme de fascination pour une machinerie moléculaire dont nous sommes les avatars. C'est en tout cas en cela que la récherche génétique me fascine et que je ne peux totalement te rejoindre sur le rejet du téléthon. Il ne s'agit pas juste de maladies plus ou moins répandues. il s'agit aussi d'une volonté affichée de vouloir aller comprendre au fond de nous-mêmes ce qui fait de nous des êtres vivants dotés de telle ou telle faculté. Le téléthon, c'est aussi la face visible d'une quête d'identité de l'espèce humaine. Grâce aux travaux génétiques, nous savons précisément dire pourquoi il y a des différences entre les individus, ce que l'humanité a été incapable de faire jusqu'il y a un peu plus de 50 ans... La recherche génétique, c'est un peu plus que de la médecine, c'est une recherche sur l'histoire de la vie.
Je partage en gros l'avis d'Etienne, et me range à l'attitude de ne pas donner, en réservant mes dons pour des petits organismes caritatifs sans grands moyens, qui envoient seulement une enveloppe discrète, sans retape médiatique : Secours Populaire Français, etc il n'en manque pas. Oui je sais ce n'est pas du même registre, mais à ce propos le Téléthon pose une question sur les limites de l'Etat. Sauf à verser dans l'utopisme délirant, un état ne pourra en effet jamais tout faire et il y aura forcément toujours des limites à combler. Le principe (du téléthon) ne me scandalise donc pas en soi. Ce qui est un peu navrant, c'est que l'on finit par passer pour des demeurés car le médiatique emballé ne sait pas poser des limites : tout ne vit plus que par cela pendant 48h, sauf bien sur ceux qui ne regardent pas la télé, et qui peuvent se passer pendant ce temps la chanson de Brassens (la musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas...). Or il y a disporportion par exemple avec d'autres misères dans le monde qui sont ignorées. Mais comme le sport, le téléthon est consensuel et politiquement correct. C'est comme la "fête obligatoire du parti". Mais au fait de quel parti ? A l'heure où l'AGCS (accord général sur les commerces et les services of course) a limité les domaines d'intervention de l'état à ses fonctions régaliennes, où la recherche est réduite à la portion congrue, mettant les chercheurs même les plus pacifistes dans la rue, cette débauche de moyens substitutifs pose question. Sans compter que de nos jours, même les fonctions régaliennes sont elles-mêmes mises en cause, non sur le plan légal mais par un contournement occulte en laissant faire ou en créant des armées privées. (un livre vient de paraître en fr. dont je n’ai pas le titre mais faites « armees privees » ou « milices privees » sur Google et vous serez édifiés…). C’est dans ce contexte de cette mise en cause des moyens et pouvoirs des états que la privatisation de la recherche accentue une question fort préoccupante. Certes les états nous ont conduit à nombre de guerres liées au nationalisme, mais il n’est pas prouvé qu’un monde géré par des milices privées, voire des mafias, soit plus agréable à vivre….
Juste quelques mots...
1. je n'ai pas de télé, beaucoup de travail, pas vu passer le téléthon, et c'est sans culpabilité.
2. Je crois fermement qu'il faut soutenir la recherche dans des directions diverses qui ne soient pas déterminées uniquement par le nombre de bénéficiaires espérés. Pour au moins deux raisons. La première au nom de la solidarité, qui me semble être une valeur fondamentale du socialisme. Je suis surprise que personne ne l'ait encore dit! S'il faut être majoritaire pour bénéficier de la manne publique...Etienne tu me surprends, ou alors j'ai mal compris tes propos.
La seconde au nom de la créativité des chercheurs et des découvertes que l'on est en droit d'en attendre: si on limite trop les champs d'investigation, on passera forcément à côté de découvertes fondamentales. Je pense que l'histoire de la médecine est riche de ces découvertes inattendues...
Katell
, deux éléments de réponse a ton commentaire : la solidarité, effectivement, voilà la valeure fondamentale. Tu demandes s'il faut être majoritaire pour bénéficier de l'aide publique. Non, elle doit être universelle pour un problème donné. Par exemple, comme je le dis dans mon billet, la prise en charge de la perte d'autonomie doit s'appliquer a tous les handicapés, et pas seulement les miopathes.
Pour ce qui est de la "solidarité associative", bien sûre elle est valable pour tout le monde, y compris des causes touchant peu de personnes, mais avec tant de moyens ? Je continue de penser qu'un événement aussi massif, et puisqu'il n'y a la place sur pour une seule opération de cette envergure, devrait être réservé a des causes plus larges ou touchant plus de monde. Je comprend que ca paraisse dur, froid, cruel, cynique... Mais il en va de l'efficacité des dons et des énergies militantes.
Sur les "effets colatéraux" de la recherche : ces externalités positives sur d'autres domaines de recherche et de connaissance existeraient aussi pour d'autres causes, Sida, cancer, etc. Et s'il y a des conséquences particulièrement forte dans le domaine de recherche qu'aide le Téléthon, au delà du soin de maladies orphelines, parce que cela concerne la génétique, alors c'est de la recherche fondamentale, c'est donc le rôle de l'État et de la recherche publique.
Passe de bonnes fêtes de Noël, camarade !
Tout d'abord je tiens a répondre à la question initiale: Peut-on être contre le téléthon ?
OUI on peut être contre le Téléthon dans la mesure ou cet évènement a pris une importance démeusuré dans la tête de bon nombre de nos concitoyens.
Mais comment leur en vouloir? nous sommes dans une société qui refuse la mort et toute sa symbolique (la souffrance,la peur de la maladie, l'incomprehension des règles de ce monde). Conséquence de notre culutre judéo chrétienne?
En tout cas le téléthon à travers ces reportages touchants, ces témoignages poignants joue plus ou moin consciement sur ces facettes, alternant humanisme et sensibilisme.
Et cela bien sur a un impact nos esprits de manière trés hétéroclites (ex: culpabilité, frustration, envi de faire un don par "solidarité", envi de faire un geste, envi de servir une cause juste, refus d'accepter cette situation...)
Bref le téléthon n'éveille pas la conscience des hommes mais inculque (au mieu) des valeurs humanistes incomplètes en décalage avec ce qui doit être la priorité de tous avant toute choses la conscience écologique .
J en vois qui pense déjà "on s'éloigne du sujet initiale" ou "encore un qui se prends pour Nicolas Hulot" ou encore qui sont parti chargé leur fusil
Et pourtant, comme certains l'on souligné le téléthon ne se focalise que sur un handicap particulier au lieu de prendre en considération l'ensemble des handicaps
Je résonne pareil mais avec une plus grande relativité qui je concède n est pas à la portée ou au gout de toutes les esprits.
Mais comment penser autrement? ce raisonnement relativiste radical est l'argument le plus probant à mon refus de considérer le téléthon (comme de nombreuses autres bonnes "causes") comme un évènement important à notre société.
Je ne vais pas faire l'éloge de la pensée et de l action écologique pourtant nécessaire à notre bonne vieille terre mais il y a un argument que personne ne peut réfuté: la seule manière saine de raisonné en ces temps troubles et incertains est la manière écologique car elle englobe des valeurs idéologiques plus profondes de la vie (et donc de la mort )
Je m'explique: la recherche sur ces maladies génétiques est absurde car elle touche une minorité de personne. Par contre elle permet d'accroitre notre connaissance sur la génétique. Pourquoi?
Les applications principales qui en découlent sont simples et connues de tous OGM.
Le temps nous dira si ces avancées auront été bénéfiques ou si nos découvertes nous auront pété à la gueule
Mais on peux se poser des questions sur la finalité de tout ceci?
Ainsi cela permettra certains "aisé" de vivre encore plus longtemps sur cette planète et tout en accentuant notre peur de disparaitre?
J extrapôle mais aprés tout est possible tant qu'il y a de l'argent a se faire...
si les gens raisonnaient de facon plus proche de la nature et avec une considération plus profonde de la vie, ils accepteraient que parfois la roulette génétique leur joue des tours et accepterait plus facilement cette fatalité... mais la société ne raisonne pas ainsi...
Et puis même sans aller jusque là et pour en revenir au téléthon ;o)
d'autres arguments ont été souligné dans les commentaires ci dessus auquel je veux revenir:
-le téléthon ne s adresse qu a un petit nombre d'individu aisé (cad habitant les pays dits développé) ignorant le reste des hommes
-le progrès des recherches effectués grâce aux dons profitent finallement aux industries pharmaceutiques qui devraient pourtant réinjecter systématiquement une part de leur bénéfice dans la recherche afin d'éviter certains coté pervers trop souvent occulté et de sollicité les dons...
-les autres problèmes de santé publiques n'ont pas autant d'importance aux yeux du citoyens/auditeur lambda (problèmes de fécondités, OGM, pesticides, traitement atigérminatif à base de radiation, pollution des eaux) Car même si on les écoute cela fais peur et du cout on ose pas adherer, se remettre en question et on se contente de regarder le téléthon qui offre plus de chance de dénouements heureux
Et cela les organisateurs du téléthon l'ont bien compris en compensant le coté dramatique de la maladie en faisant appel aux personalités et aux sens du défis qui dynamise la diffusion avec paradoxalement une authentique implication de ces participants.
Bienvenue dans la télé sensation
-Et je pense qu en cherchant on pourrait en trouver d'autres...
Ps: on vients de m annoncer que la vente de bazooka est en hausse
Le téléthon ou autre... en fait je suis contre le charity business en général : c'est à l'américaine , ça fait moderne mais ça n'est que le retour aux Dames Patronnesses du 19ème siècle. Quel recul social ! le Téléthon c'est aussi la privatisation larvée de la recherche, un dispositif permettant à la recherche privée de se financer sur la charité publique puis de déposer des brevets juteux... Hé oui le téléthon profite plus au lobbies pharmaceutiques qu'aux malades et en plus ça donne bonne conscience à tout le monde!(je pense surtout à certaines vedettes de music-hall qui tentent d'éviter la fiscalité Française et qui en profitent pour nous donner des leçons de solidarité: à vomir!) Et quelle aubaine que les petits myopathes soient télégéniques! pourquoi n'existe-t-il pas de trisothon? Et puis en France, n'est-ce pas interdit de mettre en avant des enfants pour susciter la charité? Et puis tous ces présentateurs qui certes ne sont pas payés directement mais qui s'achètent un capital sympathie qui sera juteusement monnayé plus tard...
Et bien moi comme chaque année je serai solidaire en payant mes impôts et en de dissimulant rien. Hé oui l'impôt c'est la Solidarité Nationale garantie par l'Etat et non pas un pactole soumis aux caprices d'un conseil d'administration qui, l'histoire nous l'a prouvé, peut déraper facilement... Donc il faut plus d'impôts, plus justes, pour davantage de redistributions les plus équitables possibles... Mesdames et Messieurs les élus, la balle est dans votre camp, vous avez du pain sur la planche!
Bonsoir.
J'avoue n'avoir pas lu les commentaires de tous.
Et avoir la flemme de rédiger ma dissert'.
Quelques réactions sur cet article à chaud.
L'Etat providence ne sauvera pas le monde. Peut-être nos amis les humains, nos voisins, nos familles, nos collègues, qui sais-je encore ?, ont-ils besoin de passer par le 36 37 (ou d'autres formes de solidarités financières) pour se sentir utiles et parties prenantes d'un certains nombre de causes. Payer un impôt par prélèvement automatique, c'est bien pratique mais souvent mésestimé, voire décrié (c'est vrai c'est lourd la question de l'impôt) ! Mais choisir de faire un don, choisir à qui on le fait, pour quelles raisons et dans quel but, c'est un réel engagement de citoyen, personnel, qui implique bien plus que quelque chose d'automatique et de subie (exactement l'image de l'impôt aujourd'hui).
Je préfère que les gens se mobilisent, même si c'est bassement populaire et misérabiliste, là chacun met la main à la pâte et est sensé savoir pourquoi...
Quant à l'image qui est donné des personnes handicapées, je suis partagée... Oui effectivement elles ne devraient pas être posées en victimes, pour faire pleurer dans nos chaumières et attendrir la ménagère de moins de 50 ans (celle qui tient les cordons de la bourse familiale). Mais en même temps, parle-t-on d'elles à d'autres moments ? Aujourd'hui le citoyen lambda, dans la vie duquel aucune maladie, aucun handicap n'a jamais pointé le bout de son nez, sait-il quelle est leurs vies ? Se les représente-t-il ? pense -t-il à elles ?
Alors oui, on lui tire quelques larmes un samedi soir entre deux bières. Ouh la la quelle misère de jouer sur les sentiments des gens ! Le téléthon n'en reste pas moins un moyen de sensibilisation sur le sujet des maladies génétiques. Pour une fois on voit du fauteuil, de l'assistance respiratoire et peut-être demain en allant chercher leur pain, certains se rendront compte que leur mairie, leur pharmacie ou bien ? ne sont pas adaptées à toute forme de handicap...
Un engagement en cache souvent un autre. Et je sais par expérience que lorsque l'on commence à se pencher sur les problèmes de son voisin (maladie, handicap, exclusion d'un logement, faim, carences éducatives, j'en passe et de bien plus terribles), quitte à pleurer quelques minutes, on agit et dans plus d'une direction... On donne et à d'autres organismes aussi, peut-être moins connus et tout aussi efficaces... On réfléchit aussi...
Quoique je pense, j'en arrive toujours à la conclusion que nos quelques ministres véreux et egocentriques n'arriveront jamais à la même force d'action et de concertation que les citoyens lorsqu'ils choisissent l'engagement personnel, les associations pour agir contre toutes les détresses qui dérangent et abîment l'être humain.
Bonsoir, disais je.