J'ai toujours été, pour ma part, très friand de ce type d'échange entre le politique et les étudiants. Je trouve que ça nous apporte un recul et un regard neuf sur nos pratiques, alors que nous prenons d'habitude si peu le temps de ce regard critique, de cette réflexion... C'était, pour le coup, d'autant plus intéressant que la rencontre avait été bien préparée et que les étudiants semblaient intéressés par le sujet.
Au delà de l'envers du décor des "professions politiques", des conditions matérielles d'emploi, du statut ou des missions plus précises, le débat a beaucoup porté sur la capacité d'un parti à faire connaitre ses idées et ses propositions dans un contexte médiatique difficile. Par exemple, pourquoi La Rochelle a-t-elle donné une si mauvaise image, et si contradictoire avec la réalité (cf. mes articles précédents) ? Comment composer avec la presse locale, ou quelles relations nouer avec les journalistes, en particulier si ceux-ci sont d'un autre bord politique, où qu'ils relaient mal notre message ? Comment parler des sujets de fond dans la course à l'audience télévisuelle, et est-il encore possible de faire comprendre des enjeux complexes, des procédures longues comme celles d'un Congrès, dans une démocratie médiatique et sondagière ? Et, finalement, l'échec du P.S. à se faire entendre n'est-il pas le signe d'une obsolescence complète de notre stratégie de communication ?
Comme vous le voyez, il ne nous ont pas ménagé, et je ne nous ai pas ménagé non plus, d'ailleurs... J'ai cela dit été surpris de voir à quel point ces questions et cette problématique les intéressaient, les préoccupaient, et à quel point ils étaient conscients de cette crise... Et cet échange, ces questions et réflexions, m'ont fait réfléchir, et m'ont amené à cette conclusion, peut-être temporaire...
Le Parti Socialiste, comme l'ensemble du système politique français, est soumis à un triple problème : personnalisation du pouvoir lié à la 5ème république et à la pratique des institutions ; système médiatique centré sur les petites phrases, les "histoires" (storytelling) et le sensationnel au détriment de la pédagogie et du fond ; partis politiques mis à mal par des stratégies personnelles de conquête du pouvoir.
% En clair, il est donc de plus en plus dur de faire passer du fond, de faire de la pédagogie et de convaincre via la télévision et les grands médias classiques. Une des solutions est, bien sûr, de leur forcer la main en innovant, par les nouvelles pratiques militantes, qui donnent une image renouvelée de la politique, et sont "télégéniques" parce qu'innovantes, un peu "choc", sensationnelles... Mais cela ne suffit pas.
Par ailleurs, et je n'ai hélas surement pas assez insisté là dessus, pour faire connaître le fond et les propositions, et être en contact avec les citoyens, rien ne remplacera jamais le contact direct entre des militants et des élus d'une part, et les électeurs et citoyens d'autre part, par une présence constante et permanente sur le terrain, par la rencontre directe des personnes, le débat, la discussion, l'échange à bâton rompu sur un marché ou dans les cages d'escaliers.
Mais ce qui est nouveau, et me paraît plus intéressant encore, surtout pour des professionnels de la communication, c'est la possibilité que l'on a aujourd'hui de se passer des médias traditionnels par la communication sur Internet. Celle-ci est beaucoup plus souple et rapide, directe puisqu'on fait passer exactement le message que l'on souhaite, plus pertinente dans sa cible puisque l'on s'adresse à des citoyens qui sont venus chercher l'information. Internet permet également la mise en place de plates-formes d'échanges et de débats, avec les blogs, les forums, les wikis, les commentaires, etc qui permettent de créer un dialogue entre le politique et le citoyen. La contrepartie de tout ça est le risque de saturation d'informations.
Ca n'a l'air de rien, mais c'est une véritable révolution politique qui est à l'œuvre, et qui est renforcé par un autre changement : l'élu n'est plus une sorte d'élite éclairée qui déciderai à la place du peuple et devrait ensuite simplement le convaincre du bien fondé de ses décisions. De plus en plus, l'élu est au sein des citoyens, entame un dialogue constant avec lui, via les comités de quartiers, via les discussions avec les associations, via ces plates-formes numériques. Parallèlement, les élus sont, moins qu'avant, des professionnels de la politique qui ne font que ça depuis des années, mais plus des militants ou des citoyens investis que rien ne préparait particulièrement à devenir élus, et qui ne souhaitent pas l'être de façon trop prolongée.
Là est toute la place du communiquant politique. Il est bien sûr créateur de sens, puisqu'il met en signe, en symbole, en représentation, l'action politique pour la faire connaitre. Mais surtout, il est la clef de ces trois démarches : faire passer les messages dans la presse; assurer la présence et le relai de ce message, notamment via les élus, sur le terrain; mais surtout mettre en place ces nouveaux outils qui permettent ce dialogue et cet échange, indispensables non seulement pour convaincre, mais plus largement pour conduire et mettre en place des politiques publiques aujourd'hui.
Quant à cette fameuse question : "Le communicant, relais de la stratégie politique ou véritable acteur de l'action politique?" ... J'ai déjà en partie répondu en disant qu'il met en signe et en symbole le message et la décision politique, et c'est de fait une partie intégrante et essentielle de l'action (à quoi sert une politique que personne ne connaît ni ne comprend ?). Mais surtout, la communication pure n'existe pas, il s'agit toujours d'un mélange et d'un amalgame entre la mise en place d'outils et d'une stratégie de communication, et la construction de décision politique. D'où l'importance, à mon sens, de n'être pas qu'un communicant, mais d'avoir un fond politique, d'être militant, de participer au débat idéologique et propositionnel, à la mise en place de la stratégie... Dans cette perspective, au fur et à mesure du déroulement de la carrière d'un conseiller politique, il me semble que l'on est amené à faire de moins en moins de communication pure, et de plus en plus de la construction de l'action, pour en devenir co-auteur.